Proviande prend position

En tant que service d’expertise et d’information, Proviande fournit des renseignements d’une manière coopérative et transparente aux autorités, aux politiciens et aux médias, mais aussi dans le dialogue avec les consommateurs. Elle prend par ailleurs position sur des affaires politiques et des questions relatives au marché.

19.09.2019 – Initiative populaire «Abolition de l’élevage intensif»

Proviande juge superflue l’initiative «Non à l’élevage intensif en Suisse». Aujourd’hui déjà, les consommatrices et consommateurs peuvent influencer la production en achetant systématiquement des produits correspondants – issus de la production biologique, par exemple. L’offre suit automatiquement la demande. L’initiative n’apporte rien, ni au bien-être animal en général, ni aux consommatrices et consommateurs ou aux familles de paysans.

Un groupe appelé Sentience Politics a lancé l’initiative populaire nationale pour l’abolition de l’élevage intensif en Suisse. L’initiative prie la Confédération de protéger «la dignité de l’animal dans le domaine de la garde d’animaux à des fins agricoles».
Ses auteurs désignent par élevage intensif toutes les formes de garde d’animaux à des fins agricoles où le bien-être animal est systématiquement sacrifié sur l’autel de la rentabilité. Pour eux, c’est le cas lorsque «de grands groupes d’animaux sont maintenus dans un espace étroit». Dans les dispositions transitoires proposées, ils indiquent comme valeur de référence le standard de Bio Suisse, qui permettrait de réduire considérablement les effectifs d’animaux.

Selon Proviande, l’initiative n’est pas nécessaire: comparée à d’autres parties du monde, la détention animale en Suisse s’effectue à de petites échelles. Les paysans travaillent dans des exploitations familiales et sont quotidiennement dans les stabulations. D’une manière générale, les dispositions relatives à la protection des animaux comptent parmi les plus strictes au monde. Les réglementations sur les effectifs maximaux empêchent un élevage intensif industriel. S’agissant des poules pondeuses, on autorise par exemple 18 000 animaux adultes au maximum, et chez les porcs d’engraissement, à quelques exceptions près soumises à autorisation, au maximum 1500 bêtes. En comparaison, on trouve en Allemagne des exploitations comptant 600 000 volailles. En outre, près de la moitié des 6000 exploitations porcines de Suisse détiennent moins de 51 porcs, 42 % en détiennent entre 51 et 500, et l’on trouve plus de 1500 bêtes dans seulement huit exploitations.

Si le nombre maximal d’animaux par exploitation était réduit, cela rendrait la production indigène de viandes de volaille et de porc considérablement plus coûteuse, alors que les consommatrices et consommateurs ne sont pas tous prêts à payer davantage, même s’ils le déclarent régulièrement dans des enquêtes de rue. Aujourd’hui déjà, on dispose de viande issue d’exploitations bio, mais sa part dans les ventes au sein du commerce de détail reste minimale. Pour la viande de porc par exemple, elle n’atteint qu’environ 3 %. Si la demande était plus importante, davantage de paysans passeraient certainement au bio.

Diminuer la production indigène encouragerait le tourisme d’achat, et ferait augmenter les importations depuis des pays où le standard de production est inférieur. L’initiative prévoit certes que la Confédération édicte également des prescriptions pour les importations qui tiennent compte de l’initiative. Mais de telles directives en matière d’importation de denrées alimentaires ne seraient pas compatibles avec nos obligations vis-à-vis de l’OMC et d’autres accords commerciaux. La Suisse devrait alors résilier tous les contrats.

S’agissant de la mise en œuvre de l’initiative au niveau des produits transformés, les auteurs de l’initiative eux-mêmes veulent une procédure «pragmatique». Concrètement, cela signifie que l’on se «montrerait complaisant» avec les composants d’origine animale présents dans les denrées alimentaires importées. Ainsi, des aliments contenant p. ex. des œufs produits dans des élevages en batterie continueraient d’entrer en Suisse, alors que cette forme de production est interdite dans notre pays depuis longtemps.

23.10.2018 – Initiative «Pour une eau potable propre et une nourriture saine»

Proviande est membre de l’alliance initiée par l’Union Suisse des Paysans (USP) visant à lutter contre l’initiative «Pour une eau potable propre et une nourriture saine». Cette initiative dépasse largement le thème de l’eau potable. Il s’agit d’un modèle de politique agricole qui remet en question l’agriculture et la détention animale suisses actuelles. Les obligations restreindraient d’une manière drastique la production d’œufs, de viande de volaille et de viande de porc. Ces denrées alimentaires seraient alors de plus en plus importées de pays dans lesquels le niveau de bien-être animal est inférieur.

Accepter l’initiative pour une eau potable propre bouleverserait l’agriculture suisse. Elle a dans son viseur non seulement la protection phytosanitaire, mais aussi l’affouragement des animaux de rente, la biodiversité, la recherche agricole et l’utilisation d’antibiotiques. L’obligation d’un fourrage produit exclusivement sur l’exploitation restreindrait drastiquement la production d’œufs, de viande de volaille et de viande de porc. Ces denrées alimentaires seraient alors de plus en plus importées de pays dans lesquels le niveau de bien-être animal est inférieur. Les sous-produits de l’industrie agroalimentaire, comme les sous-produits céréaliers de la filière de la meunerie, ne pourraient plus servir à nourrir les animaux comme c’est le cas aujourd’hui et finiraient dans des installations de biogaz ou d’incinération. Un non-sens écologique.

L’agriculture prend au sérieux les défis abordés dans l’initiative: avec le «Plan d’action national Produits phytosanitaires», la «Stratégie Antibiorésistance nationale», le «Plan d’action Biodiversité» et la «Stratégie pour un approvisionnement durable en fourrages d’origine suisse», le secteur de l’agriculture et les autorités travaillent à d’autres améliorations.

L’initiative dépasse largement le thème de l’eau potable et des produits phytosanitaires. Il s’agit d’un modèle de politique agricole qui remet en question l’agriculture et la détention animale suisses actuelles. Étant donné que l’initiative se concentre sur le complément de l’art. 104 de la Constitution fédérale, elle se concentre uniquement sur l’agriculture. D’autres acteurs, qui utilisent eux aussi des produits phytosanitaires et des biocides, ne sont pas concernés.